« Œuvres d’art à louer ? Une idée à louanger ! | Page d'accueil | Savoir-faire et faire savoir »
08.03.2008
MOUVEMENT DU NID
FEMMES 3000 Touraine reçoit le mardi 11 mars 2008 les bénévoles du Mouvement du Nid de 19h à 20h30.
Ni "mal nécessaire", ni "fatalité", ni "métier", la prostitution ne se réduit pas à une démarche privée. Une approche globale de ses causes, de ses conséquences et de ses enjeux peut enrayer son développement et conduire à sa disparition.
http://www.mouvementdunid.org
L'association lance parallèlement un "Manifeste pour construire une société sans prostitution". Le signer, le diffuser, cest agir pour faire reculer le système prostitutionnel, qui reste à ce jour l'un des bastions sexistes les mieux gardés...
www.pourunesocietesansprostitution.org
Porter un autre regard sur la prostitution
Bernadette et Albert Gaudré forment un couple formidable. Avec des mots simples, ils parlent de leur cheminement d’époux dans le respect de l’autre, de leur complémentarité et de leur souci d’autrui. Est-ce dans l’équilibre conjugal qu’ils puisent, depuis trente six ans, la force d’accompagner les personnes prostituées et d’informer sur les dangers de cette pratique ?

Le Mouvement du Nid
Nés et travaillant en milieu rural, Bernadette et Albert n’avaient a priori aucune raison de croiser les victimes d’un système qu’on associe généralement à la misère humaine des villes. Ce sont les « rencontres de la vie » qui les ont guidés jusqu’à leur admirable bénévolat : lui pour avoir vu, en Algérie, tant de soldats clients de la prostitution ; elle pour s’être, au cours d’une de ses grossesses, liée d’amitié avec une infirmière qui connaissait le mouvement du Nid.
A l’origine du Nid, il y a la rencontre – encore une – en 1937 d’un prêtre ouvrier et d’une femme alcoolique dans le quartier prostitutionnel des Halles à Paris. Il se bat avec opiniâtreté pour qu’elle s’en sorte. Ensemble, ils fondent le mouvement en 1943-1944, lequel doit son nom à une remarque faite un jour sur l’ambiance chaleureuse qui régnait dans un lieu d’accueil : «ça gazouille comme dans un nid ! ». Aujourd’hui, il y a trente-quatre délégations en France et des implantations en Europe, en Afrique et en Amérique du sud.
L’équipe d’Indre-et-Loire qui œuvre depuis 1972 se compose de dix bénévoles et de deux salariés. Agissant sur le « terrain » ou à la permanence de l’association, ils ont, au fil des ans, mis en place un véritable dispositif de traitement social de la prostitution.
Lutter contre les tabous, les préjugés, le laxisme et l’ambiguïté législative
Pour autant, leur action n’est pas simple. La prostitution, nous explique Albert, est une violence faite à des femmes, à des hommes et à des enfants qui en sont les victimes. C’est un fait de société qui a non seulement des conséquences sociales (destruction de la personne ou de la famille) mais alimente les réseaux mafieux (drogue, vente d’armes, etc.) à travers le monde. Elle met en jeu trois acteurs :
- la personne prostituée, la victime, qui quoi qu’elle en dise n’a jamais librement choisi d’exercer cette activité. L’argent aidant, elle peut en arriver à une addiction autodestructrice.
- le client qui est un acteur plus furtif et n’est jamais inquiété.
- le proxénète qui présente de multiples visages, du souteneur au site d’Internet, en passant par le grand banditisme qui se cache dans des pays corrompus. Il peut être incité par un proche face à une situation de surendettement par exemple.
Deux facteurs aggravent la situation :
- le rôle de l’Etat qui d’un côté légifère contre la prostitution et de l’autre la soumet à l’impôt.
- le laxisme de l’opinion publique. 75% des Français considèrent que la prostitution est un mal nécessaire : « le plus vieux métier du monde », « qui a bu boira », « elles aiment ça », «la solution pour les hommes seuls, malheureux, handicapés », « ça évite les viols »...
Des réponses juridiques qui diffèrent selon les pays
L’attitude envers la prostitution est aussi affaire de culture d’où des approches juridiques différentes :
- le prohibitionnisme (interdiction et répression) aux Etats-Unis, en ex-URSS ou dans les pays islamistes ;
- le réglementarisme (légalisation et contrôle) comme aux Pays-Bas et en Allemagne ;
- l’abolitionnisme (suppression assortie de mesures de prévention et de réinsertion). Sur cette ligne depuis la fermeture des maisons closes par Marthe Richard en 1946, la France avec la loi de 2003 sur la sécurité intérieure a malheureusement tendance à culpabiliser davantage les victimes.
Informer pour prévenir
C’est bien aux victimes que va toute la sollicitude de nos deux conférenciers. Ils s’interdisent de juger les personnes prostituées et essaient de bâtir avec elles des relations de confiance. C’est pourquoi l’accompagnement est une entreprise longue et incertaine. Leur témoignage est émouvant lorsqu’ils évoquent la prostitution occasionnelle des étudiants. Ils insistent sur l’importance de la prévention, en particulier de l’information et de la sensibilisation au plus tôt. Quand elle évoque ses échanges gratifiants avec les élèves des classes de 6ème sur le sentiment amoureux, « le cœur avant le corps », Bernadette se dit ravie et pleine d’espérance. Elle regarde Albert et son visage s’illumine alors d’un magnifique sourire.
Chantal Desbordes
19:30 Ecrit par Femmes 3000 Touraine dans droits des femmes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

